Intervention lors du colloque sur l'action culturelle extérieure française et francophone
Mardi 29 janvier 2008 – Sciences Po Paris
*André Siganos, Profeseur de Littérature Générale et Comparée, a notamment été Président de l’Université Stendhal-Grenoble III, Conseiller Culturel à Tôkyô, Directeur adjoint de la Coopération scientifique et universitaire au Ministère des Affaires étrangères et européennes.
La France, on le sait, occupe une place prééminente du point de vue de la mobilité académique internationale puisqu’elle était en 2006 le troisième pays d’accueil avec 265.000 étudiants étrangers, derrière les Etats-Unis et la Grande Bretagne, l’Allemagne lui disputant régulièrement ce classement. D’aucuns attribuent au moins pour partie ce résultat plutôt flatteur, compte tenu des moyens globalement engagés, à la création d’Edufrance.
Après la Grande-Bretagne quatorze années plus tôt, la France avait en effet décidé en 1998 de se doter d’une agence nationale de promotion de l’enseignement supérieur français, compte tenu précisément d’un attrait durablement décroissant de notre pays dans ce domaine. Aujourd’hui, cette agence poursuit ses missions sous le nom de CampusFrance dans le cadre d’une nouvelle convention du Groupement d’Intérêt Public qui la constitue et fête cette année son dixième anniversaire. Elle achève probablement ainsi un premier cycle de mues qui l’auront fait passer d’une approche très économique du marché mondial de l’éducation à la mise en oeuvre d’une administration de missions. Les questions qui se posent depuis la naissance de cette agence, on va le voir, ne sont toujours pas tranchées : qui en définit la stratégie, à quel niveau opérationnel se situe-t-elle par apport à d’autres opérateurs de la mobilité qui gèrent plus qu’ils n’impulsent (Egide, Cnous, Sfere, Agence européenne EEFF - ex Socrates-Leonardo), quelles sont les missions qu’on lui attribue vraiment, puisque celles-ci varient au fil des renouvellements du Groupement d’Intérêt Public et que l’on demande invariablement depuis 2002 à celui-ci de se définir lui-même ?
Sans prendre le moindre parti (quelle légitimité aurions-nous pour le faire ?) et selon une lecture aussi « à plat » que possible d’une abondante documentation, notre propos sera ici d’examiner d’abord les raisons qui ont amené l’Etat français à la création de cette Agence, puis d’analyser les mutations de celle-ci, de façon à mieux percevoir dans l’environnement mondial actuel quelle est la pertinence du schéma qui semble vouloir se mettre en place, compte tenu des attentes de l’ensemble des acteurs institutionnels.
Il suffit de relire la conférence de presse donnée le 6 novembre 1998 par Claude Allègre, Hubert Védrine et Charles Josselin, respectivement ministre de l’Education nationale, ministre des Affaires étrangères et ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie, pour comprendre que les fondamentaux n’ont pas totalement varié depuis lors, malgré, on va le voir, une évolution dans les missions assignées à l’Agence. Le travail commun développé entre les deux ministères par le biais de CampusFrance repose toujours en effet sur une complémentarité d’expertise et de compétences - dans les administrations respectives comme sur le terrain à l’étranger - complémentarité déjà mise en œuvre par la Grande-Bretagne qui avait créé en 1984 l’Education Counselling Service, dans le cadre d’un new public management*.
-----------------------------------------------------------------------
*Pour une comparaison très documentée de ce qui aurait pu passer pour un transfert transnational de politique publique, voir l’excellent article de Anneliese Dodds, chercheur à la London School of Economics : Dodds A., le Développement des agences en Grande-Bretagne et en France : l’exemple d’Edufrance, transfert d’outre-manche ou création indigène ?, Revue française d’administration publique 2004/3, N°111, p. 483-500.
© CampusFrance 2008