Dans le même temps souligne la chercheuse, Edufrance a concentré également sur elle d’autres jugements négatifs, puisque sa création, pense-t-elle, a permis au gouvernement de se défausser de ses responsabilités en matière de politique d’accueil des étudiants étrangers*. Ce qui n’empêche pas que la formule juridique choisie, celle d’un Groupement d’Intérêt Public (GIP), ait donné tout loisir au gouvernement d’exercer sur ce dernier un contrôle qui ne cessera de s’accentuer jusqu’aujourd’hui, faisant progressivement de cette agence un véritable instrument de politique publique*.
Durant cette première période, on remarque aisément la différence qui existe entre les difficultés que rencontre Edufrance à se faire reconnaître sous le feu des critiques et la veille que l’agence britannique exerce consensuellement sur la qualité de la marque Education UKcréée en 2000 ; sans doute précisément parce que l’Education Councelling Service n’en retire aucun bénéfice direct alors que le British Council en use avantageusement, au même titre que les établissements de Grande-Bretagne*.
-----------------------------------------------------------------------
*« Edufrance a assumé un véritable leadership concentrant sur elle l’essentiel de la conflictualité politique contenue dans les modifications de la politique en matière d’étudiants étrangers. » ; Dodds A, art .cit., p. 498.
*Les établissements fondateurs de ce GIP (ils sont plus de deux cents aujourd’hui) étaient constitué d’un groupe très restreint de 7 établissements : l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers, les universités de Nice, Grenoble II, Nancy 1, l’Institut National Polytechnique de Grenoble et l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales du Nord.
*A notre connaissance, l’Education Councelling Service est subventionné à part à peu près égale par l’Etat, les établissements et le British Council. On verra d’ailleurs que le succès actuel de CampusFrance s’inscrit dans cette logique de labellisation, de reconnaissance de qualité, de coordination d’acteurs de la mobilité, l’Agence laissant à d’autres opérateurs, publics et privés, le soin de gérer directement l’accueil des étudiants étrangers comme les bourses et les programmes inhérents à ce type de mobilité (Egide, le Cnous, la Sfère, la CIUP notamment, sans même évoquer la multitude des centres de FLE dépendants ou non des universités).
En 2001, Odette Trupin dans son rapport d’information à l’Assemblée Nationale sur la politique éducative extérieure de la France, particulièrement documenté, souligne que notre pays ne s’est pas encore doté de l’outil nécessaire à une politique volontariste, à l’instar du British Council, qui s’appuie sur l’expertise de l’Education Counselling service, lequel dès cette époque avait sous contrat trois cents Advisers appartenant pour les trois quarts d’entre eux à une cinquantaine d’établissements britanniques.
La députée insiste par ailleurs sur l’intérêt qu’aurait la France à posséder « une structure puissante et autonome comme le Deutscher Akademisher Austauschdienst (DAAD) pour mener une politique qui est à la fois souhaitée par les universités et soutenue par le gouvernement, sans tomber dans le piège du tout commercial*. » Dès cette époque, un diagnostic était posé :
« La séparation stricte entre la fonction d’impulsion et la gestion opérationnelle, que les Britanniques et les Allemands ont intégrée depuis longtemps, n’est pas très incitative et difficilement évaluable en France en termes de résultats. En ce qui concerne le système des bourses notamment, il est évident qu’une remise à plat serait souhaitable : on assiste actuellement à un « saupoudrage », sans stratégie globale. Il faut certes des bourses à disposition des ambassades, mais il semble également qu’une coordination soit indispensable, et le lieu « naturel » de cette coordination devrait être Edufrance. Cela constituerait un levier pour inciter les universités à bâtir un projet international. Le rôle de la DGCID se réduirait essentiellement au pilotage de l’Agence, mais la France aurait une réelle présence sur le marché de l’éducation avec un opérateur unique. Cette Agence pourrait dépendre conjointement des ministères des Affaires étrangères et de l’Education nationale qui l’évalueraient à partir des objectifs fixés au préalable. »
-----------------------------------------------------------------------
*Odette Trupin, rapport d’information 3204 du 27 juin 2001 déposé par la Commission des affaires étrangères, p.23. On y découvre d’ailleurs au passage que l’objectif de 200.000 étudiants étrangers que la Direction de la Coopération Internationale et du développement fixait comme objectif atteignable dans les cinq ans a été largement dépassé (265.000 en 2006).
© CampusFrance 2008